
Chambres du personnel
Je marchai d'un pas pressé, affichant une mine agacée tout le long jusqu'à la salle, réajustant mon col froissé de temps à autres d'un geste nerveux. J'étais fatigué, énervé, et je devais me taper des mômes. Chouette, pensons à remercier ma supérieure en bonne et due forme dès que possible. En même temps, ça m'apprenait à prendre du bon temps en me payant de sa tête entre deux gorgées d'alcool. Soit.
Ah, je détestais comme mes pas résonnaient dans cette grande salle vide. C’en était déprimant. Comme si la vie n’apportait pas suffisamment son lot de solitude, il a fallut que l’univers invente l’écho pour nous faire nous sentir encore plus misérables. Enfin, non, y’avait les bases sous-marines claustrophobes sans le moindre rayon de jour, aussi, qui avaient l’art de vous déprimer. Ah, l’homme est réellement un abruti.
Je poussai la porte et jetai un regard circulaire rapide. Deux filles, un garçon. Tous pas plus de 16 ans, à première vue. Y’avait même une toute petite gamine aux yeux bruns. La poisse.
« Trois ?! Rha, merci, merci beaucoup ! » étouffais-je malgré moi entre mes dents serrées. Jetant un regard furieux à la porte derrière moi en espérant à moitié y voir Pomme, j’inspirai discrètement une bouffée d’air et reportai mon regard sur les trois créatures à l’air hagard que je me devais de conduire à peu près n’importe où, si pas trop loin des dortoirs, selon la dirlo.
Reprenant mon air las qui me semblait plus de circonstance —niveau accueil, c’était certain, je n’étais pas des plus brillants—, je me présentai en vitesse, les mains en poche, me tenant à distance.
« Bonsoir, je suis le Dr. Kingsley. La directrice est, uhm, indisposée à vous recevoir présentement, alors je vais vous conduire à vos dortoirs où vous pourrez vous installer ».
Je voyais que le garçon, dans le fond, dormait couché sur ses affaires. Je sondai les deux filles du regard, puis continuai, mal à l’aise :
« Suivez-moi » dis-je en me tournant, « ou suivez les flèches. », avais-je rajouté à l’adresse du garçon. « Vous pourrez choisir le dortoir qui vous plaît —pour peu que vos colocataires veuillent bien de vous— et on fera les présentations demain. De toute façon, on est à une demi heure au-delà du couvre-feu. Dépêchez-vous ».
Sur-ce, sans attendre un quelconque signe d’entendement, j’entrepris d’empoigner la porte qui menait vers les dortoirs.